Mes souvenirs :
Le Commandant Claude PLANTY (en famille Bonpapipe)
Capitaine au long cours
Chapitre 1
Suite A2
Je reçus assez vite des instructions, du Commandant Planty, par l’intermédiaire de l’agent local de la C.M.C.R, . Ces instructions me disaient… de rejoindre le ‘Boulogne sur mer’ à Rouen où il allait faire escale vers le 16 Juillet 1957; Je devais pour rallier Rouen, prendre un Paquebot de la Compagnie, le magnifique : ‘Louis Lumière’, de Hambourg au Havre, puis le train du Havre à Rouen. Inutile de dire que j’étais enchanté d’embarquer sur un tel bateau.
Ce n’était pas tant, le fait de me retrouver comme passager sur ce beau navire qui me rendait heureux, mais celui de pouvoir continuer ma navigation à bord du Boulogne sur mer.
Le Captain avait été efficace. Il avait calculé, que le temps qui s’écoulerait entre cette décision et sa réalisation, me donnerait un peu « de jambes » en sortant de l’hôpital avant de remonter à son bord. Je sais que cela n’a pas été évident pour lui, car les instances supérieures Parisiennes, ne voyaient pas d’un très bon œil, le réembarquement d’un convalescent pour 2 mois de côte d’Afrique. Ils mirent les conditions que l’on va voir par la suite. À l’époque on ne remarchait pas aussi vite que maintenant après une opération de l appendicite, et le commandant prenait un risque. C’était vraiment sympa de sa part.
Je me souviens peu de mon bref voyage à bord du Louis Lumière. C’était un paquebot très rapide, assez luxueux, et je ne mis que très peu de temps pour arriver au havre.
Ensuite, comme prévu, le train pour Rouen, et me voici de nouveau à bord du S/S Boulogne sur mer.
Claude m’accueillit et me dit que je devrais faire de la chaise longue dans la journée sur le pont supérieur, à coté de la cheminée, jusque à Dakar, soit pendant une dizaine de jours à peu près ; après quoi je reprendrais à une vie normale ;
Installé aussitôt à mon poste de repos sur une chaise longue en bois, je reçus la visite de Janine (à l’époque on ne l’appelait pas Nanou dans ma famille) qui vint
prendre de mes nouvelles. Le commandant dont la passerelle était toute proche, m’interpella avec humour, en des termes choisis que j ai oubliés, mais que je peux résumer assez précisément ainsi : ‘Tu n’es pas là pour draguer les passagères’
Nos opérations de chargement étant terminées nous reprîmes la mer, sans les femmes d’officiers, qui durent débarquer.
Nous voilà bientôt au large, et c’est depuis mon poste allongé que je pouvais admirer la mer dont je rêvais tant. Les journées étant quand même un peu longues, je me mis à lire des livres que me procurèrent les officiers du bord.
Un jour, je lisais ‘Caroline Chérie’ de Cecil Saint-Laurent, roman populaire à succès et un peu osé pour l’époque, et probablement à l’index ; Je ne me souviens que du titre, mais je pense qu’il serait bien interdit maintenant au plus de …10 ans ; Le commandant passant par là aperçut la couverture, me dit un ou deux mots, et termina par cette phrase exacte dont je me souviens parfaitement : ‘Tu ferais mieux de réviser tes auteurs’
Je n’avais rien contre Molière, Racine ou autre Jean de La Bruyère, mais je trouvais qu’ils n’avaient pas à venir m’embêter ici, et surtout me rappeler que j’étais toujours un Tivolien en sursis. Je me gardais bien de répondre cela au Pacha.
Les jours passèrent paisiblement jusqu’à Dakar où nous déchargeâmes les marchandises diverses que nous avions chargées en Europe.
Puis nous reprîmes la mer en direction de Tabou (côte d’ivoire)
L’escale de Tabou est une escale très Particulière et pittoresque puisque c’est là que nous embarquions 70 Kroumen.(Dockers africains) Je ne m’étendrai pas sur ce sujet passionnant qui est très largement expliqué par Georges Tanneau sur le site de la Marine Marchande, et qui m’emmènerait, je crois loin du sujet.
Vous avez d’ailleurs du en entendre parler dans vos familles qui comptent beaucoup d’anciens marins.
Nous étions déjà 40 à Bord, donc avec les kroumen, cela faisait 110 personnes sous les ordres du jeune Commandant. Les Kroumen logeaient à l’arrière dans une petite construction, qui n’était pas d’origine.
Il y a quelques années Claude pour me remercier d’une aide apportée lors d’une expertise, m’offrit un livre numéroté sur les chargeurs réunis et sa dédicace était faite en langage ‘Krou’. C’est dire si ces bruyants personnages que nous gardions à bord un mois et demi avaient pu nous marquer.
De temps en temps il nous arrivait, encore récemment, de nous adresser quelques interpellations en ‘style’ Kroumen ce qui je l’avoue n’était pas banal venant de lui.
Après Tabou, le bateau mis le Cap, à l’Est, pour finir de décharger notre ‘Divers’, puis au sud, et c’est à Owendo (Gabon) prés de Libreville que nous commençâmes à charger les Billes de bois. J’étais très admiratif en voyant les kroumen jouer avec ces énormes billes de bois comme avec des allumettes.
Poulies, câbles, mats de charge, treuils à vapeur n’avaient pas de secret pour eux, et ils arrivaient à faire rentrer ces énormes troncs dans les cales avec une précision extraordinaire.
D’Owendo, nous fîmes route vers Port-Gentil, et de ce fait le Boulogne sur mer devait couper l’équateur qui se trouve entre ces deux ports. Inévitablement les néophytes, devaient comparaître devant le tribunal de Neptune, pour ce fameux baptême que j’appréhendais beaucoup, tant on m’en avait rabattu les oreilles.
Il est d’usage, qu’en une telle circonstance, l’ordre social du bord soit bouleversé par les anciens sans toutefois : le Commandant. Je ne me souviens plus très bien de cette intronisation, mais je sais qu’elle se passa bien.
Auparavant en passant devant Libreville nous avions mouillé l’ancre pour quelques heures. Le Pacha devait aller à terre pour recevoir des instructions de l’agent de la compagnie. Il y avait à bord une vedette prévue pour cela, toujours très bien entretenue, et qui servait aussi pour les opérations de chargement en rade foraine. Voilà le commandant qui arrive en grand uniforme, avec je m’en souviens des grandes chaussettes blanches qui montaient jusqu’en dessous du genoux et s’embarque sur la vedette. Lorsqu’il fut hors de portée de notre voix, un matelot qui se trouvait accoudé à la rambarde à coté de moi me dit : ‘C’est Dimanche, le Commandant va à la messe’. Je sus par la suite qu’effectivement Claude lorsqu’il le pouvait, ce qui devait être rare, aller à la messe quand il y en avait une.
Nous continuions de descendre le long de la côte d’Afrique, par une chaleur écrasante, lorsque l’on vint me prévenir un matin que le Pacha voulait me voir dans ses appartements.
J’y monte immédiatement, frappe à la porte et entends une voix matinale « de bonne humeur » qui me dit d’une voix forte ‘ENTRE’. La voix et le style m’encouragent ;
et là à ma stupéfaction ……..
À suivre (si vous le souhaitez)