Mes souvenirs :
Le Commandant Claude PLANTY (en famille Bonpapipe)
Capitaine au long cours
Chapitre 1
Suite 2
et là à ma stupéfaction ……..J’aperçois le commandant à ma droite, dans son cabinet de toilette entr’ouvert et qui n’est habillé que de sa seule crème à raser. Commençant à effectuer un retrait stratégique j’entends qu’il me dit de rester et je le retrouve ayant capelé un peignoir.
Après quoi il me demande si tout va bien pour moi.
Je n’ai pu répondre que positivement et nous nous sommes retrouvés à parler famille, bordeaux, Royan, un petit moment, puis je suis retourné à mes occupations.
Notre descente vers le sud se poursuivit jusqu’à Pointe-Noire (Congo) avant la remontée vers l’Europe.
Il faisait toujours très chaud à bord ; nous n’avions pas, bien sur, de climatisation et la chaleur était augmentée dans les cabines par les tuyaux de vapeur qui alimentaient les treuils de cales.
Je pense que c’est à Pointe Noire que le Commandant reçut les Autorités locales et les membres influents de la communauté Française ainsi que leurs épouses.
Leurs séjours en Afrique étaient généralement de deux ans et une réception à bord d’un bateau venant de la métropole était toujours prisée ; Ce n’est pas que notre bateau était intéressant en lui-même, mais il apportait un peu d’air du pays et le service y était impeccable. Le Commandant recevait en uniforme avec le second capitaine, et ‘peut être’ le chef mécanicien. De la coursive inférieure nous entendions cette réception à laquelle nous n’étions pas conviés, pas plus que les autres officiers .Nous dûmes nous contenter de voir monter et descendre les invités à la coupée.
Nous n’étions pas à plaindre car le service au carré des officiers était impeccable, et les menus très copieux. (Il y avait toujours deux plats : un de poisson et un de viande)
Par contre nous avions des visiteurs très déplaisants qui se promenaient le long des tuyaux et des poutrelles. Le chien du bosco s’en occupait régulièrement et tous les matins, il déposait sur le pas de sa porte, le rat qu’il avait tué pendant la nuit. En fait il les guettait alors qu’ils venaient boire dans la flaque qui restait dans la douche des équipages. Autres visiteurs déplaisants : les cafards qui avaient le don de se laisser tomber depuis le plafond dans les carafes de vin rouge.
De Pointe noire je pense que nous avons du mettre le cap sur Tabou (Côte d’Ivoire) car nous devions débarquer nos 70 Kroumen qui avaient chargé les billes de bois, puis sur Dakar pour faire du Mazout.
A ce stade du récit je dois mentionner un oubli coupable, pour mon compagnon de voyage, un autre Pilotin qui avait disparu de ma mémoire ; c’est en rédigeant ce texte que je me suis souvenu de lui, et même de son nom. Je l’ai retrouvé avec l’annuaire de Bordeaux et il a pu me rafraîchir la mémoire sur quelques points, on le verra par la suite.
En quittant Dakar, nous repassons devant Gorée, puis nous mettons le cap au nord pour longer la Mauritanie, les îles canaries, le Maroc, et le Portugal.
A partir du nord du Portugal, c’est mon Collègue Pilotin Paul G. qui me l’a rappelé, et il en garde un souvenir très fort, nous avons rencontré un très gros temps. Le Boulogne sur Mer était un vieux bateau et d’après lui le Commandant s’inquiétait. Nous roulions bord sur bord assez violement.
Il faut savoir que les cargos, qui chargeaient du bois en Afrique avec les Kroumen, en mettaient le maximum sur le pont. Il arrivait que la pontée ainsi constituée monte jusqu’aux appartements du Commandant situés en dessous de la passerelle.
Certains Kroumen prenaient même un malin plaisir à monter très haut en espérant pouvoir cacher les Sabords du Commandant qui se serait trouvé ainsi sans vue sur le pont et dans l’obscurité.

Mais de ce fait, le centre de gravité était très haut et la pontée risquait par mauvais temps de se désarrimer ce qui était très dangereux. Elle pouvait soit basculer complètement à la mer, soit beaucoup plus grave riper complètement à Bâbord ou à tribord et faire gîter le navire dans de telles proportions que le naufrage était possible.
A l’entrée du golfe de Gascogne, mon collègue Paul G., qui était d’un naturel anxieux et peu amariné, se trouvait à la passerelle à coté du Commandant. Il ne pu s’empêcher de lui faire part de ses angoisses ce qui entraîna ‘d’après lui’ la réponse suivante :
« Vous savez la faiblesse des Liberty ship construit en vitesse pendant la guerre, c’est qu ils peuvent se casser en deux »
Inutile de dire que cela rajouta à son inquiétude car le temps était très mauvais.
Claude était déjà un vieux loup de mer qui en avait vu d’autres, mais c’était aussi le jeune Commandant d’un vieux Bateau. Pas question d’envoyer des hommes pour vérifier chaînes, câbles, et ridoirs qui établissaient la pontée.
Nous nous demandions tous ce que le ‘ Vieux’ (terme employé dans la marine pour désigner le Commandant) allait donner comme ordres…..
(à suivre)