Nous nous demandions tous ce que le ‘ Vieux’ (terme employé dans la marine pour désigner le Commandant) allait donner comme ordres…..
Et bien tout simplement il demanda que l’on réduise la vitesse ; ce qui m’a été confirmé par mon collègue Pilotin Paul G.
Ainsi chahuté, nous continuions notre route vers Bordeaux.
Au carré des officiers, les repas étaient toujours servis malgré ce très mauvais temps. Je me souviens des plaques de contre-plaqué que l’on posait sur les tables, ayant chacune des trous, dans lesquelles on posait les assiettes, et les verres. Le garçon apportait les plats comme une danseuse en s’appuyant sur les cloisons.
Les discussions allaient bon train entre officiers sur les choix de route du commandant. Certains critiquaient, et faisaient référence à ses précédents embarquements sur des paquebots comme le Foucauld, sur lequel il avait navigué comme second Capitaine, ce qui était un joli poste, mais lui donnait soit disant une image un peu trop brillante.
Généralement il s’agissait d’officiers de second rang, comme par exemple un 4ème Mécanicien baptisé ‘ Bouchon Gras’ expression d’ailleurs plus générique désignant autrefois les mécaniciens.
Evidement la haute stature de Claude, son tempérament de chef, son souci d’une tenue impeccable tranchait sur l’image que j’ai retenue de certains. J’ai pu constater par la suite que les discussions sur le pacha étaient un sujet fréquent au carré. La palme revient quand même à un commandant de paquebot qui pour fuir un mari jaloux serait sorti d’une cabine par un sabord et serait tombé sur le pont devant les Kroumen hilares ! Je n’ai pas vu la scène, mais j’ai navigué avec ce commandant sur un paquebot des Chargeurs Réunis.
Je me gardais bien dans ces discussions de carré de donner mon point de vue maritime étant trop novice à cette époque.
Mais le sujet revint un peu plus tard alors que j’étais désormais élève officier sur un autre Liberty ship qui descendait lui aussi en côte d’Afrique, et bien sûr avec un autre Commandant.
Des propos désobligeants, et mensongers étant tenus sur Claude par un 1er Lieutenant ‘Mar-Mar’, qui soit disant les tenaient d’un ancien lieutenant qui aurait navigué avec lui, je crus bon de réagir avec véhémence. Cela se passa très très mal, à tel point d’ailleurs qu’il fut décidé que l’on s’expliquerait sur le quai, toute explication musclée étant interdite à bord. En dehors d’une petite altercation à Cancale, où sur les conseils de Claude et Janine je fis mes études de Marine Marchande, je n’avais pas du tout l’habitude de la bagarre. Je descendis la coupée pas fier du tout car l’adversaire était un ancien Capitaine de Pêche et j’allais de toute évidence me faire rosser. Après quelques invectives réciproques sur le quai (d’Abidjan), nous fûmes séparés à temps par le Second Capitaine qui surveillait les opérations de chargement.
Je reviens à bord du Boulogne sur mer qui fait route dans le mauvais temps vers Bordeaux. Maintenant l’essentiel est d’atterrir sur la bouée BXA qui se trouve à l’entrée de la Gironde. Le Commandant a prévenu de notre arrivée 24h à l’avance par radio et nous prenons notre pilote à cet endroit, soit en fait au large de la Coubre et du banc de la Mauvaise. Puis c’est la remontée jusqu’à Bordeaux où je débarque définitivement le 16 Septembre 1957