(Suite)
Mes souvenirs :
Le Commandant Claude PLANTY (en famille Bonpapipe)
Capitaine au long cours

Chapitre 1
Voyage en Côte d’Afrique
J’ai donc embarqué le 17 juin 1957 ……à Bordeaux Bassens
Il fait une chaleur épouvantable, c’est mon oncle et Parrain Louis Faye qui m’accompagne à Bord. Pas question de voir le Pacha ; d’ailleurs je me suis fixé comme ligne de conduite de ne jamais faire état de mes relations amicales avec lui ; je ne veux pas que l’équipage me croit pistonné.
C’est le bosco qui m’accueille en me jaugeant de haut.
Nous traversons des coursives, et, j’en ai un souvenir extrêmement précis, je passe devant le poste des Matelots où je vois un Marin sorti tout droit de la marine à voile. Un gros type très bronzé, blond frisé, torse nu, une grosse ceinture de cuir à la taille avec un énorme couteau. On m’explique qu’il est entrain de manger des tripes de thon crues..(Plat ‘soit disant’ apprécié des marins bretons)
Nous arrivons chez le Second capitaine qui demande à ‘Gilbert’ le Maître d’hôtel du carré des officiers de me montrer ma cabine.
C’est un petit poste, à l’arrière du château, un modeste cube en fer (5), qui ne demande qu’à être un four l’été et une glacière l’hiver.
C’est là que je passai ma première nuit maritime, à Bordeaux, sur le « Boulogne sur mer » Liberty ship, Bateau à vapeur un peu âgé pour l’époque.
Le commandant n’était pas à bord, ce qui est normal ayant sa famille à Bordeaux.
Le lendemain et les jours qui suivirent je pu assister aux opérations commerciales : déchargement des billes de bois en pontée, avant que le jour du départ n’arrive.
Je ne me souviens pas si Janine était à bord ce jour là ; vraisemblablement pas, car à cette époque les femmes n’avaient pas le droit de passer Ouessant.
Elle embarqua probablement plus tard pour faire la tournée du nord.
Je ne m’étalerai pas sur mon émerveillement dès que nous fumes en mer ; j’étais déjà un marin ‘un peu’ aguerri ayant navigué à la pêche côtière pendant les vacances, mais là je me trouvais dans un autre monde.
Quelques jours plus tard, nous quittions la manche pour rentrer en mer du nord.
Je fus pris de violentes douleurs au ventre la nuit, qui furent rapportées au commandant, par les hommes de veille passant prévenir pour le quart ; il n’y avait pas de médecin à bord hormis un livre rangé dans la pharmacie et que l’on appelait le « médecin de papier », mais en fait le Docteur en chef c’était Claude.
Il y avait beaucoup de brume cette nuit là ; le Cdt était à la passerelle très occupé par sa navigation, à petite vitesse, sans radar, au milieu des nombreux navires que l’on trouve toujours dans ces parages ; Seule la corne de brume fonctionnait à rythme régulier, par coups courts ou longs, qui se répercutaient dans mon ventre. Je lui posais évidement un problème car, d’une part il ne pouvait pas abandonner la passerelle dans cette situation dangereuse, mais d’autre part il aurait voulu me voir personnellement pour se rendre compte de mon état.
Ce fut le 1er Lieutenant, qui servit de lien entre la passerelle et ma cabine.
Je su par la suite qu’il y eut des contacts radio avec la terre à mon sujet, sans doute un docteur de la marine, qui diagnostiqua une crise d’appendicite.
Pour un premier voyage, et pour le premier Commandement de Claude, quelques jours après notre départ, c’était pas mal…
Petit à petit la brume se levant le Captain put venir me voir, mais je ne me souviens pas de ce qu’il m’a dit ; l’image que j’ai de lui à ce moment était celui d’un commandant tout mouillé, sérieux, mais peu enclin à s’apitoyer outre mesure sur mon sort.
Mon état ne s’améliorant pas, bien au contraire, on en vint à craindre une péritonite. Heureusement, nous nous rapprochions de Hambourg, et sans plus attendre Claude me débarqua à Cuxhaven, qui est un peu pour Hambourg ce que le Verdon est à Bordeaux. Me voilà mis sur un brancard par les ambulanciers, qui descendent la coupée en me rapprochant dangereusement de la verticale. Puis l’ambulance me transporta full speed à l’hôpital du port ou le bistouri m’attendait illico.Je me souviens d’avoir été très inquiet, en voyant arriver avant l’opération, une infirmière avec un coupe-chou ; ne parlant pas Allemand, il me fallut quelques secondes pour réaliser que ses intentions étaient pacifiques, quoique originales.
Quelques heures après mon réveil, je vis un visage de femme se pencher sur moi et me demander comment j’allais. C’était Janine qui venait sans doute d’arriver à Hambourg, car je ne me souviens pas d’une autre escale après Bordeaux. Elle me dira plus tard à plusieurs reprises : ‘Jean-pierre vous étiez blanc !! Comme un linge !’ Je n’ai pas le souvenir, d’avoir vu à l’hôpital le Captain qui devait être très occupé par ses obligations commerciales de déchargement.
Beaucoup plus tard en rangeant des papiers familiaux, je trouvais un télégramme adressé à mon père dont le texte disais à peu prés ceci : « JP opéré de l’appendicite à Hambourg ; tout va bien. Claude Planty »
J’avais à coté de moi un gros marin étranger, de type méditéranéen, qui était littéralement torturé par les infirmières et hurlait quand elles lui donnaient des soins adaptés à son cas. Je pense que ces Gretchens étaient persuadées, que ces soins cuisants pouvaient avoir des effets dissuasifs et préventifs pour les marins en goguette ; car tout de même la péniciline existait bien à cette époque. En tout cas je retins la leçon, et l’avertissement.
Au bout de quelques jours je commençais à me lever, mais le bâteau était reparti en France prendre son chargement au havre puis à Rouen avant de redescendre en côte d’Afrique. J’étais catastrophé, car dans l’état ou je me trouvais il n’était évidement pas question de reprendre la mer.
Je reçu assez vite des instructions de Claude, par l’intermédiaire de l’agent local de la C.M.C.R. qui me disaient…..
(À suivre, si vous le souhaitez)