Lettre de Bonpapipe à Matthieu écrite le 2 décembre 1973 en Atlantique Sud
Mon cher Matthieu,
Que cette lettre venue d’au delà des mers t’apporte le salut gracieux, les vœux et les baisers de ton affectionné grand-père.
De tous les visages qui se penchent, joyeux, émus, attendris ou songeurs sur ton jeune visage à peine entre-ouvert sur le monde où tu entres, le sien sera le dernier peut-être à venir compléter l’assemblée affectueuse qui entoure, avec lui, tes parents amoureux.
Mais qu’importe quelques jours…
Nous avons amplement, devant nous, le temps de faire plus ample connaissance !
Arrière-petit-fils et petit-fils de marins (bien que nous n’ayons pas tous notre fauteuil sur une passerelle…) tu as le sel dans le sang et dans le lait de ta mère.
Tes aïeux, jeune rejeton, et jusqu’aux générations plus immédiatement concernées dans la réalisation des desseins du Seigneur sur toi, se sont réjouis des fruits de la vigne et des cépages les plus fins des coteaux de Charente et des rives de Garonne.
Le sel de ton sang se parfume des vins nobles et des alcools racés. Et comme si ce mélange de la terre et de la mer n’était pas encore assez tonifiant ni riche de promesse, la Providence te fait don au jour de ta naissance d’un grand coup de mistral dans une claire lumière de Provence.
Que veux-tu de plus ?
La splendeur du ciel, la poésie du vent, les fruits de la terre, le ferment de la vie, te sont offerts et te comblent, encore vagissant dans les fines dentelles de ta balancelle.
Voilà un riche bagage. Et si tu ne te laisses pas aller aux dissipations les plus grandes- ce qu’à Dieu ne plaise-sache, dans un équilibre où les qualités de l’esprit le disputeront à la richesse du cœur, témoigner de la joie de vivre pour la gloire du Bon Dieu.
Je t’embrasse affectueusement.
PS : Et s’il m’est permis de formuler un dernier souhait, c’est que lorsque j’irais te rendre visite, tu évites, même en manifestation de déférente gratitude, de « pisser » sur mes genoux !